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Roman national et a priori de la perception !

4. 8. 2026

Nous ne percevons des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes !

Confusion des catégories de "Rex Franciae" et "Rex Francorum", et non perception du premier "roy de France."

24 avril 1617 (?) : naissance du mythe de "France éternelle" 

 

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Une catégorie a priori de la perception permet à l'objet d'être perçu par l'appareil cognitivo-perceptif. Mais même si la catégorie préexiste logiquement à l'objet dont elle permet la perception, elle n'est pas un donné. Elle est le résultat expérimental d'une construction psychologique.

Dans le cas que nous allons aborder dans ce post, nous verrons que c'est le roman national, tel qu'il est enseigné dans les écoles, qui impose aux citoyens, dé-formés, les catégories qui leur permettront de se conformer idéologiquement à une histoire fantasmée.

En confrontant les titres de la souveraineté mise en scène par la narrative mythologique et l'inventaire expérimental de des titres, nous seront à même de déterminer quelles catégories se basent sur une réalité historique et lesquelles sont purement spéculatives et mythologiques.

Nous verrons que ces catégories purement spéculatives, libérées du principe de confirmation expérimentale, permettront d'entrevoir des possibilités infinies et entraineront des débats sans fin dès à propos d'objets inexistants.

Au contraire ces catégories spéculatives, empêcheront l'observation correcte des objets qui ne correspondront pas au mythe national.

Depuis François Eudes de Mézeray (1673), les spécialistes manifestent une certaine «désinvolture» dans l'usage des catégories de la souveraineté. J. Le Goff (LE GOFF.1977:308) résume une nouvelle en latin rédigée entre 1185 - 1193 par le moine Walter Map de la cour du Roi d'Angleterre. Le manuscrit raconte l'histoire du héros Henno, qui porte secours à «une jeune fille rescapée d'un naufrage d'un navire qui la conduisait vers le Roi de France qu'elle devait épouser.» Si l'original contenait effectivement le «rex Franciae», son authenticité serait douteuse. Du moins, la transcription en français montre un usage non problématisé de la catégorie, un usage «désinvolte» qui ne respecte pas l'expression originale (regi Francorum) de l'édition de 1914 citée par J. Le Goff.

On comprend que cette légèreté permet à l'esprit de délaisser les précisions qu'exigerait la confirmation expérimentale. Elle lui permet aussi de construire les nouvelles interprétations induises par les catégories façonnées par son conditionnement, quitte à se montrer incapable de lire ou de confondre le latin et le français moderne...

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La première catégorie fantasmée par le roman national et abordée par ce post est celle de « Rex Franciae/ Francie. » Nous verrons que puisqu'elle ne repose sur aucun fondement expérimental, la discussion autour de cette catégorie mènent à d'inlassables arguties.

La mythologie nationale présente en effet Philippe II «Auguste», septième roi de la dynastie des Capétiens, comme un potentiel premier «roi de France», parlant toujours latin mais succédant aux « roi des Francs / Rex Francorum »:

«Apparaît, à partir de 1190, [le titre] de rex Franciæ, roi de France qui sera dès lors en concurrence avec le titre de rex Francorum jusqu'à la Révolution.» (https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_monarques_de_France)

Pour donner corps à ce changement de titre du souverain, on cite souvent un document communément appelé l’Ordonnance- testament de 1190.

Considérée comme «la première constitution écrite de la monarchie capétienne» («the first written constitution of the Capetian monarchy.» (BALDWIN. 2010:96)), cette ordonnance a été «prise [au] départ [du roi] pour la croisade, organisant le gouvernement en son absence.» (SMITH.2015: 26)

L'article anglophone «Style of the French sovereign»(https://en.wikipedia.org/wiki/Style_of_the_French_sovereign), sans préciser si la langue traduite reste le latin ou est déjà le français, décrit spécifiquement le changement de titre de 1190:

 

1180–1190

By the Grace of God, King of the Franks, Count of Artois

Philip II

1190–1223

By the Grace of God, King of France

Philip II

 

Pourtant, dans le prologue de sa «Gesta Philiippi Augusti», le premier biographe du roi Philippe, se présente explicitement comme le chronographe des «Rois des Francs»: «natione Gothus, professione phisicus, régis Francorum cronographus.» Le moine Rigord se donne comme projet de rédiger une «hystorie regum Francorum», et le roi Philippe, malgré son titre d'Auguste, ne fait pas exception à la règle: «Dei gratia Philippi régis Francorum semper Augusti»(Rigord. Gesta Philippi Augusti : 1, cité par DELABORVE. 1882 : 96)

L'original étant perdu, cette ordonnance-testament de 1190 a été retranscrite à partir de l'ouvrage du moine Rigord par Elie Berger dans son «Recueil des actes de Philippe Auguste.» Elle est librement disponible en ligne et universellement accessible. Et même si des transcriptions peu scrupuleuses font état de «roy de France», tout un chacun peut constater que ce document ne laisse apparaître nulle part le titre mythique. Au contraire, il y est fait usage du traditionnel «roi des Francs»: «In nomine sancte et individue Trinitatis. Amen. Philippus Dei gracia Francorum rex.» (BERGER.1916: 416)

Puisque la date de 1190 est incapable de s'imposer positivement comme le moment incontournable d'une rupture historique définitive, la connaissance commune devra se résoudre à la considérer comme la première étape d'une évolution progressive. Un article en anglais de Wikipédia résume ainsi cette progression:

«The first king calling himself rex Francie («King of France») was Philip II, in 1190, and officially from 1204.» ( https://en.wikipedia.org/wiki/Kingdom_of_France)

En lisant sur Wikipédia les pages d'archives de la discussion attachée à l'article consacré à Philippe II «Auguste», on comprend que cette impression d'évolution progressive, plus que de refléter une réalité historique, nait certainement davantage des désaccords inconciliables entre les auteurs:

«Alain Derville, né en 1924, agrégé d'histoire, docteur ès lettres, professeur à la Faculté des Lettres puis à l'Université de Lille III dans son livre La société française au Moyen Âge, 2000, p. 264 dit que «dès 1200, Philippe Auguste abandonna le titre de roi des Francs (rex francorum) par celui de roi de France (Rex franciæ).»»(https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Philippe_II_Auguste/Archives_1)

«Marie Thérèse Jones-Davies, professeur à l'Université Paris Sorbonne dans Langues et nations au temps de la Renaissance p. 39, dit que «Cette titulature devint officielle en 1181 lorsque Philippe-Auguste déclara : Philippus Dei gratia Franciae rex (Philippe roi de France par la grâce de Dieu).»»(Op. Cit. - on peut noter l'antéposition inhabituelle du «Franciae rex»)

Bernard Guenée (Politique et histoire au Moyen Âge. 1981) se réfère à la date traditionnelle de l'Ordonnance-testament de 1190:

«Mais, en 1190, Rex Francie apparaît dans quelques actes influencés par les traditions des Plantagenets.»

Il évoque aussi 1204, impliquant sans doute que la «France» serait la notion correspondant au nouveau territoire défini après la conquête de la Normandie:

«On n'aura pas été sans remarquer que l'expression Rex Francie a été adoptée dans la titulature officielle en juin 1204, juste au moment de la prise de Rouen.»(Guénée.1967: 160)

«Alain de Benoist dans La ligne de mire, p. 62, dit que: «l'expression rex Franciae n'apparaît qu'au XIIIe siècle sous Philippe Auguste après la défaite de Muret» (le 12 septembre 1213 - dans le cadre de la croisade contre les Albigeois commencée en 1209.)»»(Op.Cit.)

La bataille de Bouvines en 1214 passe aussi pour un événement à même de symboliser l'avènement du «roi de France.» Pour la revue de popularisation scientifique «Ça m'intéresse», cette date correspondrait logiquement à la disparition de la «Gaule» remplacée par la nouvelle «France»:

«Symboliquement depuis 1214, quand les troupes du roi Philippe Auguste battent celles de l’empereur germanique à Bouvines. On utilisait depuis l’an 883 le mot Francia (pays des Francs) et, avant cette date, Gallia (pays des Gaulois). En grec, la France s’appelle toujours Gallia.» (https://www.caminteresse.fr/histoire/depuis-quand-notre-pays-sappelle-t-il-la-france-108800/)

D'après John W. Baldwin, «la dernière phase (1214-1223) au cours de laquelle se construit, dans la paix et la prospérité, la nouvelle idéologie d'une monarchie administrative et sacrée où le roi ne se dit plus seulement rex Francorum, roi des Français, mais rex Francie, roi de France.» (BOUCHERON:2015)

Il est vrai que l'ouvrage du moine Rigord (offert au roi Philippe en 1196) utilise parfois le titre «rex Francie», quand par exemple, Philippe côtoie le «rex Ungarie» ou encore le «rex Anglie» qui le couronne lors du sacre du jeune roi à Reims (coronatus est Remis, adstante Henrico rege Anglie, et ex una parte coronam super caput régis Francie. (DELABORDE.1882: 13) Il faut sans doute reconnaître l'influence des «traditions des Plantagenet» dans cet usage dans l'œuvre du « chronographe.» L'occurrence «rex Franciae» y apparaît effectivement en concurrence avec le titre de «Francorum rex.»

Mais plus qu'un renouveau des usages monarchiques, on devrait attacher cette variation des usages linguistiques à une synchronie. On observe une variation identique dans un corpus journalistique contemporain, où le «président de la République» est parfois désigné comme le «président des Français» ou plus rarement comme le «président de la France.»

Cependant, la connaissance commune suppose une logique historique donnant un sens à l'évolution de ces variations stylistiques. Afin de lui donner une apparence «naturelle», inévitable et nécessaire, on suppose qu'un premier «roi de France» latin («rex Franciæ» ou «rex Francie») succéderait au «roi des Francs» (tout autant latin) ; le «roi de France» en français devenant l'étape ultime d'une histoire visant téléologiquement sa fin.

Malgré cette légende tenace et très largement répandue du «rex Franciae» apparut sous le règne de Philippe II, les documents ne laissent pas de place au doute. On le vérifie facilement grâce aux travaux d'Elie Berger (Recueil des actes de Philippe-Auguste, roi de France. 1916) ou de Charles Petit-Dutaillis (Études sur le «Registrum Veterius» et la date de quelques actes de Philippe-Auguste.1938). Alors que les documents authentiques mentionnent toujours et sans aucune exception le titre de «Francorum rex», les commentateurs font systématiquement référence au «roi de France.»

Pourtant Philippe II «Auguste», aura été «roi des Francs» jusqu'à sa mort. Rédigé en 1222, son testament fait toujours mention du «Francorum rex.»

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Les armoiries d'Edward III : lion et fleur de lys.

En observant la «collection de sceaux des rois et des reines de France» on s'aperçoit qu'elle est incapable de nous renseigner sur l'identité du premier «rex Franciae», car selon les critères nationalistes modernes, même si Édouard III Plantagenêt, petit-fils du Capétien Philippe IV Le Bel, fils d'Isabelle de France et d'Édouard II (mort en 1327), parle encore très certainement français, il passe aujourd'hui pour un «Anglais» !

En réalité, dans un contexte féodal qui ne connait pas encore le concept de nation, les cousins rivaux n'ont pas oublié leur lien de parenté. Dans une communication au Parlement en janvier 1338, Édouard évoque la demande du Pape de parvenir à «un traité de paix avec notre parent consanguin de France.» (Tractatum de Pace cum Consanguineo nostro Franciae habere (RYMER. 1739,t2p3 :200 in MOEGLIN.2012: 889)

Le souverain Plantagenêt semble avoir été contraint de réagir à la politique agressive menée par son cousin Valois. En août 1337, Philippe VI avait confisqué la Guyenne, et d'une manière générale Édouard se plaignait déjà au pape, ou à son légat, d'être victime d'injustices répétées: «Nous défions désormais, comme la nécessité nous y oblige, le dit Philippe en tant que violateur desdites trêves et notre ennemi et persécuteur capital, et l’injuste usurpateur de notre royaume de France, et le téméraire envahisseur de tous nos autres droits.» (Nosque ab earum observatione liberos & exutos , ut cum pace & reverentia Sanctitatis vestrae loquamur, Praefatum Philippum , ut Violatorem dictarum Treugarum, ac Inimicum & Persecutorem nostrum Capitalem , & Regni nostri Franciae Occupatorem Injustum , & aliorum Jurium nostrorum (RYMER. 1739,t2p4:176 in MOEGLIN.2012: 891)

Pour se préserver des persécutions du Valois, Le Plantagenêt se décida d'entamer la lutte pour priver son cousin de son pouvoir de nuisance et lui ravir son trône. Édouard dès lors commença à revendiquer ses droits sur la couronne de France: «C’est le 7 octobre 1337 qu’Édouard III mentionne pour la première fois officiellement sa revendication de la couronne de France» (MOEGLIN.2012: 889)

Il saisit l'occasion de la construction d'une union commerciale et financière avec le Comté de Flandres, pour appuyer sa «revendication dynastique […] au trône de France.» (ROYER-HEMET. 2012:31) Il adopta le titre de «Rex Angliae et Franciae et Dominus Hiberniae et Dux Aqvitanie» le 23 janvier 1340 à Gand. (LETTEHOVE.1866: 479-480)

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Les catégories spéculatives permettent à l'esprit des constructions sans limites, elles se montrent aussi comme des obstacles à la simple perception. L'exemple suivant va nous montrer comme la catégorie déforme la lecture la plus élémentaire.

Examinons le titre :

REX ET REGINA FRANCORVM, SCOTORVM, ANGLIAE ET HIBERNIAE

Pour affirmer ses prétentions sur l'Angleterre et l'Irlande, Marie Stuart prend comme prétexte les conséquences juridiques du schisme anglican. Henri VIII avait désigné son fils Édouard pour lui succéder. A sa mort en 1553, c'est la fille qu'il avait eu avec Catherine d'Aragon qui était montée sur le trône. Mais comme le divorce entre Henri VIII et Catherine d'Aragon n'avait pas été légitimé par le pape, les clans catholiques refusaient de reconnaître comme reine la fille d'Anne Boleyn. Marie Stuart, petite-fille de Marguerite Tudor, était la petite-nièce d'Henri VIII. C'est à ce titre qu'elle revendique le trône d'Angleterre, poussée par les Guise refusant de reconnaître l'autorité d'Elisabeth Ière, illégitime aux yeux des Catholiques.

Pour François II le Valois, puisque les souverains anglais revendiquent le titre de «rex Franciae» depuis Édouard III, on peut aussi interpréter ces prétentions comme une réciprocité diplomatique:

«La reine d’Écosse peut bien porter les armes d’Angleterre puisque la reine Élizabeth n’a pas renoncé à la prétention de ses aïeux de prendre celles de France.» (DUROT.2007: 10)

La façon dont l'article d'Éric Durot présente le titre de François II est révélateur, encore une fois, d'une idéologie élevée au rang d'a priori de la perception. Dans une note en bas de page, le titre de François II est retranscrit exactement de la façon dont il apparait dans notre inventaire:

moulage_du_sceau_de_francois_ii_et_marie_stuart-_roi_et_reine_de_france_1_-_archives_nationales_-_sc-d100.jpg

«Franciscus et Maria D.G. R. R. Francor. Scot. Angl. et Hyber. 1559»

Pourtant, la reconstruction de la légende utilisée dans le corps de l'article s'avère d'un niveau d'approximation très imprécis:

«Franciscus et Maria Dei gratia Franciae, Angliae, Scotiae et Hiberniae Rex»

En plus de délaisser le premier «R» de «Regina», et d'intervertir l'ordre «Scot. Angl.» par «Angliae, Scotiae», l'auteur décide d'interpréter le «R. Francor.» par «Franciae Rex.» (DUROT.2007: 10)

Cette transcription est d'autant plus surprenante, que l'auteur ne manque de souligner l'importance de la forme du titre pour interpréter le mode, ou le style du gouvernement d'un État, et de son système politique:

«la reine d’Écosse, en réalité reine des Écossais, Queen of Scots, ce qui traduit bien la manière dont les Écossais envisagent la souveraineté.» (DUROT.2007: 9)

Mais fidèle au roman national, l'importance du style de souveraineté, que notre auteur reconnait quand il évoque les Écossais, devient négligeable pour le cas des Français.

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A propos de l'apparition du titre "roy de France" sous Louis XIII le Juste (possiblement  le 24 avril 1617 ou le 25 février 1633), qui abandonne le titre de "Francorum rex" porté par les Capétiens depuis Robert II (987) :

1- Un titre pour le première fois de l'histoire en français toujours perçu en latin !

L'interprétation proposée par la Base numérique des sceaux conservés en France élaborée par Arnaud Baudin, Jean-Christophe Blanchard, Laurent Hablot, Philippe Jacquet, Ambre Vilain (https://sigilla.irht.cnrs.fr/) présente trop d'incohérences pour nous éclairer sur cette période. Certes les auteurs reconnaissent l'existence de deux grands sceaux différents, correspondant à deux époques distinctes du règne de Louis «le Juste.» D'abord entre 1610 et 1639:

«Légende théorique : [Ludovicus XIII [Dei Gracia (un point) Francoru [m Rex]

Langue de la légende : latin.»

"Louis XIII de France - grand sceau - Roi de France - 1610/1639" dans la base Sigilla
(permalink : https://sigilla.irht.cnrs.fr/2689). Consultation du 23/02/2025.

Pour le second titre, la transcription de la légende reste très approximative, et renvoie avant tout aux a priori de la perception des auteurs, incapables de reconnaître, pour la première fois dans l'histoire, l'apparition du titre en français:

«Légende théorique : […] DIEU (un point) RO […]

Langue de la légende : latin (sic. !!!!)»

"Louis XIII de France - grand sceau - 1613/1643" dans la base Sigilla
(permalink : https://sigilla.irht.cnrs.fr/2690). Consultation du 13/06/2025.

2 - Une absence de titre interprétée comme la présence d'un titre en français !

En décrivant le grand sceau de majesté du «roi de France», les auteurs affirment qu'il a été utilisé sur une période entre 1613 et 1643.

Dès lors, sauf à prétendre que tous les titres se valent, on ne comprend pas l'existence d'un chevauchement dans l'usage des sceaux. D'autre part, en prenant au sérieux la date proposée de 1613, il est difficile d'imaginer les intentions de la régente pour changer le titre de son fils qui n’était pas encore majeur.

Pour proposer cette date de 1613, Sigilla.org se réfère au contenu du document support, mais avoue que le sceau ne contient aucune légende, ''empreinte de sceau "anépigraphique" !

"Louis XIII de France - Cem - Am Dijon - Trésor G liasse 15 c. 19" dans la base Sigilla - (permalink : https://sigilla.irht.cnrs.fr/150133). Consultation du 10/07/2025.

Nous savons que certains documents sont rédigés en langue "vulgaire", la mention "roy de France" n'est alors que la traduction de "Francorum rex" :

«Dans cet ensemble rédigé en langue latine, il m'est arrivé [...] de trouver quelques actes en langue vulgaire [...] mais le texte de ces divers documents est conservé seulement en copie, et l'on n'a pas de mal à déceler qu'il s'agit de traductions faites sur des originaux rédigés en latin.» (Carolus-Barré.1976: 149)

«Etienne Pasquier l'avait justement observé [...] «L'Ordonnace du roy saint Louys, de l'an 1254...fut faite en latin (ainsi que l'usage commun de la France portoit lors & auparauant) & depuis traduite par diverses plumes, chacune desquelles approprioit sa version au langage commun de son temps.» (CAROLUS-BARRE.1976: 149)

CAROLUS-BARRE, Louis. L'apparition de la langue française dans les actes de l'administration royale. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 120ᵉ année, N. 1, 1976. pp. 148-155. DOI : https://doi.org/10.3406/crai.1976.13222 - www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1976_num_120_1_13222 - [consulté le 19.6.25]

 

3 - Des souverains à la fois «roi des Francs» et «roi de France» :

Si Robert II «le Pieux» (996-1031), Henri Ier (1031-1060), Philippe Ier (1060-1108) et Louis VI (1108-1137) apparaissent déjà en tant que «roi de France» ils n'ont pas pour autant quitté la liste des «roi des Francs.»

"Roi des Francs" dans la base Sigilla (permalink : https://sigilla.irht.cnrs.fr/203284). [Consulté le 03/02/2025.]

"Roi de France" dans la base Sigilla (permalink : https://sigilla.irht.cnrs.fr/204297). [Consulté le 03/05/2025.]

 

1+2+3 : D'une façon générale le site Sigilla.org démontre ostensiblement «une inadéquation des dispositifs organisationnels d'archivage des connaissances» caractérisant typiquement «l'érosion des connaissances (knowledge depreciation.)» (LEURIDAN.2025: 9)

LEURIDAN, Geoffrey.“ Malgré tout c’est notre chantier ! ” -Enjeux et défis de la gestion des connaissances et des compétences dans les relations entre donneur d’ordre et sous-traitants. XXXIVème conférence de l’AIMS, Association Internationale de Management Stratégique (AIMS), Jun 2025, Lille, France. ffhal-05089095f - disponible en ligne - https://hal.science/hal-05089095/document - [consulté le 22.6.25]

 

Ne pas reconnaître en Louis XIII « le Juste » le premier « roy de France », c'est non seulement formuler un jugement influencé par cette érosion "naturelle" des connaissances, mais c'est surtout démontrer un plan sous-jacent idéologique, particulièrement prégnant au roman national évoqué par Nicolas Sarkozy :

«Notre roman national peut-être romancé, exagéré ou fantasmé, mais il est notre roman national.»

Septembre 2016 https://twitter.com/nicolassarkozy/status/1390335709890875397 [consulté le 18.8.24]

Ce roman est réapparu au cours du XIXème siècle. Il est le fruit de l'idéologie mensongère, diffusée par le système scolaire mis en place par la réaction de 1815. Il a fini par submerger les derniers témoins de la Grande Révolution, bientôt réduits au silence par la force du temps.

Il fallait imposer dans l'esprit des Sujets cette idée, percluses d'illogisme pervers, d'une France éternelle, éternellement catholique et dans l'histoire de laquelle, la liberté et la constitution de 1793 ne furent que des accidents improbables ; une France éternelle, de l'histoire de laquelle, on devait aussi effacer les massacres incessants de tous les Chrétiens, qui n'avaient pas l'heur de convenir à la minorité la plus fanatique de la secte encore au pouvoir:

«Le roi Clovis dit à ses soldats : «Je supporte avec grand chagrin que ces Ariens possèdent une partie des Gaules. Marchons avec l’aide de Dieu, et, après les avoir vaincus, réduisons le pays en notre pouvoir.»

Grégoire de Tours, Histoire des Francs (livre II – [an 507]), Guizot éd. 1824. Disponible en ligne . https://remacle.org/bloodwolf/historiens/gregoire/francs2.htm – [consulté le 30.6.25 ]

 

Et puisque la France serait éternelle, elle n'a donc pas connu de début, mise à part ce que nous choisirons des fables de Grégoire de Tours. Mais, de cette naissance catholique fantasmée, il n'y a positivement aucune trace :

«On sait qu'il ne nous reste de Clovis aucun acte sincère qui viendrait tant soit peu éclairer l'histoire de son règne: triste constat que l'on peut étendre à l'ensemble du VIème siècle mérovingien, dont les rois pas plus que leur homologues lombards, ne nous ont laissé un seul acte qui ne soit une forgerie.»

BRÜLH, Carlrichard. “CLOVIS CHEZ LES FAUSSAIRES.” Bibliothèque de l’École Des Chartes, vol. 154, no. 1, 1996, pp. 219–40. JSTOR, http://www.jstor.org/stable/43013434. Accessed 24 June 2025

 

Carlrichard Brülh n'osa franchir le pas, de peur de scier la branche sur laquelle il était assis. C'est toute l'histoire mérovingienne, telle qu'elle est  interprétée et racontée, qui est une forgerie !

En constatant l'étendue du travail des faussaires décrivant l'époque mérovingienne, Carlrichard Brühl reprend à son compte une tradition inaugurée par Daniel van Papenbroeck. Ce Jésuite hollandais avait comparé des sources littéraires avec les actes des rois mérovingiens et carolingiens pour vérifier des faits. Il déclare alors que des diplômes mérovingiens sont des faux et déclenche une polémique. 

Dans « Sur le discernement du faux et du vrai dans les vieux parchemins » (1675), il propose une méthode très critique d’analyse des vieux documents. Il met ainsi systématiquement en doute l’authenticité des chartes royales conservées à l'abbaye de Saint-Denis.

Les Bénédictins et les Carmes se sentirent agressés par les Jésuites. Les seconds réagirent en en appelant à l'Inquisition espagnole : le 14 novembre 1695 celle-ci condamna pour hérésie quatorze volumes des Acta Sanctorum, et la publication fut mise à l'Index en 1700.

https://fr.wikipedia.org/wiki/De_re_diplomatica

https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_van_Papenbroeck

https://www.lhistoire.fr/des-faux-par-milliers

 

Pourquoi croit-on en l'existence authentique d'une dynastie mérovingienne ?

Pour ne pas finir sur les bûchers de l'inquisition...raison nécessaire et suffisante !

 

Le fondateur de « la France », celui qui la libéra d'une tyrannie, qu'on allait depuis dénoncer comme étrangère, n'avait qu'une obsession pour que sa fantastique nouveauté fût acceptée : il fallut la faire passer pour une tradition ; il fallut réécrire une histoire et réinventer un passé pour conférer au présent l'illusion d'une fin téléologique.

 

1628 - Louis XIII fait "rénover" le tombeau de Clovis

 

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Et in Arcadia Ego.1628

 

Le digne fils empruntera les mêmes chemins que le père:

"Le 27 mai 1653, à Tournai, un ouvrier, Adrien Quinquin, creusant les fondations d'un hospice à construire près de l'église Saint Brice, plante sa pioche dans une bourse pleine de pièces d'or. "L'éclat de ces métaux précieux frappa comme un éclair les yeux du pauvre sourd muet". Il venait de découvrir un trésor : une centaine de pièces d'or à l'effigie d'Anastase, empereur d'Orient, le triple d'abeilles en or et verres colorés, selon la technique des bijoux "cloisonnés" répandue à l'époque mérovingienne, des monnaies d'argent, une épée décorée selon la même technique, des boucles de ceinture et enfin une bague portant une inscription qui livre l'explication de cette richesse : CHILDIRICI REGIS. D'autres éléments auraient pu éclairer le contexte du tombeau de Childéric ler, roi des Francs Saliens, fils de Mérovée, père de Clovis, mort à Tournai en 481. La fouille continuée par l'ouvrier sourd muet "ne fut malheureusement pas suivie avec l'exactitude désirable"

http://saintdenis-tombeaux.forumculture.net/t248-le-tombeau-de-chideric-et-son-tresor-en-1655

Un maçon qui restera bien sûr muet comme une tombe. Pas besoin donc dans cette affaire des origines de la fabuleuse dynastie, d'invoquer la malédiction de Toutankhamon pour se débarrasser des témoins gênants...

La trame de l'histoire de cette heureuse découverte du tombeau de Childéric était déjà connue, elle se révèle comme un pastiche de la mise à jour de la tombe des sept dormants d'Ephèse :

"Et c'est en 418, qu'un maçon ouvre par hasard la grotte où sont enfermés les Sept Dormants. Ceux-ci se réveillent, inconscients de leur long sommeil. Aussitôt, l'empereur Théodose II accourt, et voit dans le miracle une preuve contre ceux qui nient la résurrection des morts."

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sept_Dormants_d%27%C3%89ph%C3%A8se

418 : fondation du royaume de Toulouse des Goths ariens. Il est temps pour Théodose le nicéen de continuer la lutte contre l'hérésie et de servir d'exemple à ses descendants, Clovis, Louis XIII...

418 : règne de Faramond et naissance de la dynastie mérovingienne.

Abrégé chronologique de l'histoire de France, Volume 1 - 1673

François Eudes de Mézeray

https://books.google.cz/books?

1656 - Découverte du tombeau de Childéric II 

Après des des travaux dans le chœur de l'église Saint-Germain-des-Prés, on attribua alors au roi Childéric II, un sarcophage au riche mobilier funéraire masculin, car le nettoyage du tombeau permit la découverte à l'emplacement de la tête de l'inscription gravée CHILDR REX.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Child%C3%A9ric_II#cite_ref-2

Lors de ces travaux dans l'église de Saint-Germain-des-Prés, un nombres impressionnants de tombes royales furent découvertes :

Chilpéric Ier (Son tombeau, datant probablement du 12ème siècle. Brisé en 1791)

http://www.tombes-sepultures.com/crbst_1313.html

Clotaire II (Probablement refait au 11ème ou au 12ème siècle, son tombeau fut détruit dans la nuit du 27 au 28 mars 1791)

www.tombes-sepultures.com/crbst_1713.html

Clovis II (tombeau profané en 1793-Ne reste que le gisant réputé du XIIème siècle)

http://www.tombes-sepultures.com/crbst_1715.html

En observant dans le détail la liste des tombeaux mérovingiens,

http://www.fr-tul.cz/clanky/histoire-de-france/chronologie-des-rois-en-france.html

on s'aperçoit que les seules tombes mérovingiennes, encore existantes, datent en réalité du 12ème/13ème siècle et qu'elles ont essentiellement été redécouvertes par Louis XIII, son fils...et Napoléon Ier.

Les fouilles archéologiques ne confirment guère les chroniques depuis que Louis XIII inventa l'archéologie mérovingienne...à l'exception notable de celui de la très byzantine reine Arégonde (570) !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ar%C3%A9gonde

 

En plus de s'étonner de la ferveur dont ont fait preuve les Sujets d'un royaume de 1791 pour détruire les tombeaux royaux, alors que la République ne fut fondée qu'en 1792... la légende du roman national voudrait que Louis IX ait découvert les tombeaux en 1264, restaurés par Louis XIV vers 1645 dans l'église de...Saint-Germain-des-Prés...

..."église" réputée avoir abrité un temple d'Isis au moins jusqu'en 1514 :

En 1561, Gilles Corrozet écrivait :

Touchant imposition du nom, aucuns diéc que là ou est Sainct Germain des prez y auoir vn temple dedié à la superstition de fidole ou deesse Isis, qu'on racompte auoir esté femme du grand Osiris ou lupiter le iuste, la statue de laquelle a esté veuë de nostre tcps,&cn ay fouuenance. Elle estoir maigre, haulte, droitte, noire pour son antiquité, nue, sinon auec quelque figure de linge enlassé entour ses membres & estoit située contre la muraille du cotte septentrional au droit ou est le crucifix de seglise : on l'appelloit fidole íâinét Germain des prez: elle fut ostée par monseigneur Briçonnet cuefquc de Meaulx Scabbé dudit lieu nuiron lan mil cinq cens & quatorze, & yfeit mettre au lieu vne croix rouge qu'on voit encores auiourd'huy.

Ce lieu estoit appelle le temple dìsis,& pource que la cité en estoit prochaine, elle fut nommée Parisis (quasi iuxta Isis ) pres du temple d'Isis.

Les Antiquitez chroniques et singularitez de Paris : ville capitale du Royaume de France, avec les fondations & bastimens des lieux, les sépulchres & épitaphes des Princes, Princesses & autres personnes illustres

https://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/item/5964-les-antiquitez-chroniques-et-singularitez-de-paris?offset=2

 

Cent ans plus tard, peut-on supposer qu'on avait rebaptisé ISIS, devenue Minerve africaine ?

A propos de la cérémonie de clôture des Etats généraux (du 27 octobre 1614 au 23 février 1615), on peut lire :

« Comme c'est la coutume invétérée entre les princes de la chrétienté d'accompagner les jours gras de quelques réjouissances publiques et d'obliger leurs peuples par des divertissemens agréables, on décida qu'à l'occasion de l'heureuse conclusion des Etats, on danserait un ballet dépassant en somptuosité tout ce qui s'était fait par le passé et ôtât à l'avenir l'espérance de rien faire de même.»[...]« Le vrai ballet, qui avait nom l’Africaine ou le Triomphe de Minerve, commença : on vit, dans un paysage nouveau, se succéder les plus belles filles de la cour, « habillées à l’antique africaine, mais fort court pour ne point nuire à la danse… » 

M. le duc de LA FORGE cité par Gabriel Hanoteaux

Hanotaux, Gabriel. “RICHELIEU AUX ÉTATS DE 1614.” 

Revue Des Deux Mondes (1829-1971), vol. 119, no. 3, 1893, pp. 509–44. 

JSTOR, http://www.jstor.org/stable/44762708. Accessed 12 July 2025.

 

Voila un pan de passé africain que l'histoire picturale des représentations de Saint Maur...

https://www.jerome-maurice-francis.cz/clanky/radio-paris-ment/premier-peuplement-africain.html

ou le témoignage de Rabelais ne font que confirmer qu'il a été effacé...

https://www.fr-tul.cz/clanky/histoire-de-france/1540---rabelais-et-l-africque.html

 

Sous l'impulsion du fondateur d'une France en recherche d'une nouvelle tradition censée légitimer son apparition...

 

Et pour faire disparaître définitivement le moment du mensonge, ne restait plus qu'à faire disparaître le menteur...

 

...Les Mousquetaires...Richelieu...

 

le collier de la reine...le fils et Versailles...

 

l'abbé Saunière et Rennes-le-Château...

 

tout sauf lui...

 

nicolas_poussin_-_et_in_arcadia_ego_-deuxieme_version-.jpg

 

...l'invisible !

 

Et in Arcadia Ego.1638

***

 

Vers une note de synthèse sur l'apparition du titre "roy de France" : 

 

Du «rex Francorum» au «roy des François»

 

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(Jerome, 13. 9. 2025 14:29)

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