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Réalismes comparés

 

De Maupassant à London...

 

 Dans sa préface du roman "Pierre et Jean" (1888), Guy de Maupassant présente la méthodologie du réalisme naturel, que l'auteur entend mettre en oeuvre. Il pourra provoquer ainsi chez son lecteur "l'émotion de la réalité". L'écrivain réaliste ne s'efforcera pas de dépeindre tant la "réalité", mais davantage la "perception de la réalité." En effet, Maupassant énonce que la réalité peut heurter les habitudes de son lecteur car 

"le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable."

"Voilà pourquoi l’artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste, tout l’à-côté.

Un exemple entre mille :

Le nombre des gens qui meurent chaque jour par accident est considérable sur la terre. Mais pouvons-nous faire tomber une tuile sur la tête d’un personnage principal, ou le jeter sous les roues d’une voiture, au milieu d’un récit, sous prétexte qu’il faut faire la part de l’accident ?

La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment. L’art, au contraire, consiste à user de précautions et de préparations, à ménager des transitions savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de la composition, les événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief qui leur convient, suivant leur importance, pour produire la sensation profonde de la vérité spéciale qu’on veut montrer."

https://fr.wikisource.org/wiki/Pierre_et_Jean/Pr%C3%A9face

Guy de Maupassant propose une méthode qui s'assimile à un réductionnisme. Parmi le foisonnement chaotique des événements, l'écrivain choisit les paramètres signifiants qui permettront de faire émerger "l'illusion de la réalité." 

Cependant, la douce réalité du 16ème arrondissement parisien permet facilement aux esprits reposés et repus de repousser avec dédain les réalités chaotiques et les dangers des détails du quotidien, pour leur préférer une illusion de réalité préservant les habitudes de divertissement des lecteurs germanopratins...

Sous d'autres latitudes moins hospitalières, les héros se contentent d'affronter leur travail inéluctable. Peu soucieux d'objectivité, ils laissent leurs fantaisies psychologiques enluminer leur froide routine laborieuse...et parfois, faute d'avoir négliger un petit détail révélateur...

ils meurent...

1902